Centenaire de la naissance de Robert Casadesus

(1899-1972)





Manifestations Parutions Emissions télé et radio

Association R. Casadesus

Extraits de colloques

La vie de Robert Casadesus



Robert Casadesus a été l'un des grands pianistes français de notre siècle. Issu d'une famille de musiciens, il est né à Paris le 7 avril 1899. Il obtient un premier prix de piano à 14 ans au Conservatoire de Paris et le Prix Diémer en 1920. L'année suivante, il commence ses premières tournées en Europe et sera le seul pianiste français à faire une grande carrière d'un demi siècle à travers le monde jusqu'à sa mort à Paris le 19 septembre 1972.

Il laisse une discographie très abondante en récital et en concert avec les plus grands chefs d'orchestre de son époque et avec ses partenaires habituels de musique de chambre, sa femme la pianiste Gaby Casadesus et son ami le violoniste Zino Francescatti. Compositeur également, il laisse une œuvre importante comprenant sept symphonies, plusieurs concertos, de nombreuses œuvres de musique de chambre et un grand nombre de pièces pour piano. Pédagogue de réputation internationale, il a été associé au Conservatoire américain de Fontainebleau pendant de nombreuses années en France et aux États-Unis comme professeur, Directeur et Directeur Général. Le centenaire de sa naissance fut célébré en France et à l'étranger en 1999 à l'occasion de concerts, d'expositions et de colloques organisés avec l'Association Robert Casadesus.

Principales manifestations ayant eu lieu en 1999:

• Lundi 9 mars à 19h00 - Paris - Auditorium de l'Institut Curie
Projection du film "Une dynastie de pianistes"
Concerts d'œuvres de Robert Casadesus interprétées par Delphine Bardin et Saskia Lethiec

• Du 15 mars au 15 juin - Paris - Bibliothèque Nationale de France
Exposition de documents et de manuscrits de Robert Casadesus

• Mercredi 17 mars à 20h30 - Paris - Hôtel des Invalides
Récital de piano de Philippe Bianconi
Oeuvres de Mozart, Chopin, Casadesus et Ravel

• du 22 mars au 28 mai - Toulon - Conservatoire National de Musique
Exposition Robert Casadesus - Vernissage le dimanche 21 mars à 18h

• Mercredi 24 mars à 20h30 - Genève - Victoria Hall
Concert hommage à Robert Casadesus par l'orchestre de la Suisse Romande sous la direction d'Amin Jordan avec Till Fellner, piano.
Oeuvres de Mozart et Chostakovitch

•Vendredi 19 mars - Journée Robert Casadesus - Paris - Sorbonne
- à 12h15 : Concert par le Trio Yves Henry Oeuvres de Mozart et de Robert Casadesus Présentation des oeuvres par Jean-Pierre Bartoli (maître de conférence).
- de 15h à 18h : Colloque avec la participation de Pierre Boyer, Henri Dutilleux, Marius Florhuis, Jean-Philippe Lecat, Danièle Pistone, Manuel Rosenthal et Jean Roy.

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Parutions :

Livre de Jean Roy consacré à Robert Casadesus (Editions Buchet/Chastel-Pierre Zech).
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Emissions de télévisions et radios :

• dimanche 14 mars diffusion du documentaire "Robert Casadesus, pianiste et compositeur" sur la Cinquième chaîne.

• la chaîne câblée Muzzik organisera une semaine d'émissions télévisées du 15 au 21 mars avec des extraits importants des 4èmes Rencontres Internationales de piano Robert Casadesus qui se seront déroulées à Lille du 22 au 24 janvier 1999 et des extraits d'émissions de l'INA consacrées à Robert Casadesus.

• dimanche 21 mars : diffusion du film "Une dynastie de pianistes" sur la télévision Suisse-Romande.

• du 22 au 27 mars, de nombreuses émissions radiophoniques seront diffusées notamment sur France Musique et Espace 2 en Suisse.

• Vendredi 19 mars - Journée Robert Casadesus - Paris - Sorbonne
Colloque international
Association Robert Casadesus & Observatoire musical Français
Hommage à Robert Casadesus (1899-1972)
Pour le centenaire de sa naissance Le 19 mars 1999
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Extraits du colloque :

Manuel ROSENTHAL (Chef d'orchestre et compositeur)
SOUVENIRS D'UNE PRÉCIEUSE COLLABORATION ARTISTIQUE

Mesdames, Messieurs,

J'étais un tout jeune musicien lorsque j'ai connu Robert Casadesus. Il était jeune également, car cinq ans seulement nous séparaient. Mais ce qui nous séparait dans la vie était peu de choses comparé à tout ce qui nous séparait dans le monde musical.

A 17 ans, j'étais un jeune, tout jeune et malheureux violoniste qui essayait d'apprendre l'art du violon au Conservatoire et je ne savais rien de tout ce qui compose l'art de la composition musicale.

Par je ne sais quel heureux hasard, une œuvrette que j'ai eu le toupet de commettre fut acceptée par la SMI, c'est-à-dire la Société Musicale Indépendante pour être inscrite au programme de son centième concert.

Et lorsque je vis le programme de ce concert, j'eus un très grand étonnement, celui de voir le nom de Robert Casadesus. Alors je pensais que cette société dont le devoir était de présenter des œuvres contemporaines, ce que l'on appelait à l'époque la musique dissonante, il était lui déjà un virtuose apprécié et renommé, alors je me dis que vient-il faire dans ce concert de musique moderne, il va jouer des valses de Chopin, des sonates de Beethoven. Quand regardant de plus près, je vis qu'il venait là non point comme pianiste, mais comme compositeur pour présenter une œuvre de lui, une sonate pour piano.

J'étais empli de honte quand, moi, tout jeune débutant, ignorant tout de l'art musical, j'étais programmé dans ce même concert, à côté de ce géant. Car, il l'était à bien des points de vue pour moi, par exemple : à une époque où, croyez-le, Mozart n'était rien ; c'était le petit compositeur d'eine kleiner musik, le petit jeune homme souriant que les dames de la noblesse se disputaient. Or Robert Casadesus prétendait, et à juste titre, mais il était à peu près le seul à cette époque, que Mozart était le plus grand des compositeurs et qu'il fallait le traiter avec respect, avec attention et c'est ce qu'il faisait.

J'en ai eu confirmation quelques années plus tard, lorsque devenu l'élève de Maurice Ravel, j'ai demandé à Ravel - je savais quelle admiration, quelle affection Ravel professait pour Mozart -, alors je lui dis : "Quel est à votre opinion le plus grand interprète de Mozart actuellement ?", et immédiatement Ravel a dit : "Robert Casadesus. II est le seul capable, et il s'y efforce, de représenter les oeuvres de Mozart comme elles doivent l'être, parce qu'il s'agit d'un très grand compositeur, et Casadesus sait ce que c'est qu'un grand compositeur. C'est lui-même un admirable musicien".

Plus tard, devenu moi-même chef d'orchestre, j'ai eu la joie d'accompagner le très grand pianiste qu'était Robert Casadesus et puis il m'a procuré bien des surprises.

En mai 1946, j'étais engagé à la tête de mon orchestre qui était l'Orchestre national pour aller donner sept concerts à Londres dans un vaste hall qui, en fait, était un cynodrome. On l'avait converti en salle de concert avec 12.000 places. Eh bien, nous avons donné sept concerts dans cette salle et l'orchestre était au milieu, entouré de ses 12.000 auditeurs. C'était très impressionnant. Parmi les grands solistes que j'ai eu la joie d'accompagner pendant ces sept concerts, il y avait par exemple Kirsten Flagstadt qui est venu chanter la mort d'Yseult, Richard Tauber qui a chanté un air de l'enlèvement au Sérail et Robert Casadesus a été désigné pour venir jouer le 4ème concerto de Beethoven.

Pendant la diffusion de l'exécution que nous donnions du concerto de Beethoven, le hautbois à un certain moment doit jouer presque seul une admirable mélodie. Je suppose que mon malheureux hautboïste un peu étourdi, effrayé, devant cette salle qui n'en était pas une mais qui comportait 12.000 auditeurs, a eu peur, cet hautboïste, et il est resté en panne au départ de cette mélodie.

Quand, à ma grande surprise, j'ai vu la main droite de Casadesus partir comme une flèche sur le clavier, et il a joué - comme la partie de piano était muette à ce moment-là - il a joué la phrase que le hautboïste ne jouait pas. Peu de solistes sont capables de connaître à ce point l'accompagnement d'orchestre de leur concerto pour immédiatement, sans l'ombre d'une demi-seconde d'intervalle, Casadesus ait sauté sur la phrase que le malheureux hautboïste ne jouait pas pour la jouer. Lorsque, après le concert, je l'ai complimenté naturellement, en le remerciant et en lui disant : "Quel dommage que j'ai été le seul, je pense, à admirer, à savourer le grand tour de force que vous avez accompli". Et Casadesus me dit : "Mais oui, malheureusement, les auditeurs ne savent pas tout ce qu'il nous arrive, quelquefois pendant des concerts dont ils savourent le plaisir, la joie. Par exemple - me dit-il - au cours d'une tournée, un matin, en prenant ma douche, je glisse dans ma baignoire et je me suis cassé une côte. Ceux à qui ce malheur est arrivé savent ce que ça représente de douleur, d'infirmité parce qu'on respire horriblement mal, et malheureusement il faut attendre un certain temps avant que les choses soient remises en ordre".

Or, parmi les immenses qualités humaines et musicales de Casadesus, il y avait ceci qu'un artiste respecte toujours sa signature, quoiqu'il lui arrive, d'abord parce qu'on respecte la signature qu'on a apposée au bas d'un contrat et parce qu'on joue devant un public qu'on doit respecter. Alors Casadesus me dit : "Je me suis entouré les reins d'une ceinture bien serrée et j'ai joué quand même, souffrant terriblement pendant quelques semaines. Personne n'a jamais rien su de ma souffrance, mais cela ne regardait personne. J'ai continué à jouer, peut-être plus mal que d'habitude, mais j'ai joué."

Dans les conversations que nous avions, nous étions devenus à ce point intimes, que je lui posais des questions sur la vie qu'il menait en dehors des concerts. Alors il m'a dit : "Mais j'ai une vie familiale comme beaucoup de gens, malheureusement, je suis rarement chez moi parce que je suis toujours en tournée". Et je lui dis : "Mais votre épouse, quelle part prend-elle ?". Alors il m'a dit : "Mais c'est une pianiste". Et il ajoutait : "Elle joue mieux que moi".

Eh bien, j'ai attendu quelques années pour avoir sinon confirmation, en tout cas une bonne affirmation de cette opinion, car en 1946, je me trouvais à New York, et le directeur d'une firme phonographique qui s'appelait VOX, m'a dit : "Je voudrais profiter de votre visite à New York pour faire au moins un enregistrement de musique française, de celle que l'on ne connaît pas beaucoup".

Je lui dis : "Par exemple, quoi ?" - Et il me dit : "Si vous avez peu de temps, peut-être pourrions nous faire la Ballade de Fauré et j'ai une excellente soliste à vous proposer". Alors je lui dis : "Mais laquelle ?" - et il me dit : "Madame Gaby Casadesus". Alors je me suis souvenu que Casadesus m'avait dit que sa femme jouait mieux que lui. Alors pourquoi ne pas l'utiliser ? Et puis nous avons fait cet enregistrement admirable. II a souvent fait l'objet de ces colloques, vous savez que les critiques font avec des disques en les comparant, en comparant les différentes versions ; toujours cet enregistrement de Gaby Casadesus avec votre serviteur au pupitre pour la Ballade de Fauré remporte tous les suffrages.

En continuant nos conversations amicales avec Robert Casadesus, il me dit un jour : "J'ai un fils, il va devenir un très bon pianiste. J'aimerais beaucoup, si vous voulez bien l'accepter, qu'il fasse ses débuts avec vous parce que je pense que cela lui donnera un bon départ à la fois musical et humain, et vous pouvez compter sur lui. J'ai obéi à Robert Casadesus, j'ai engagé jean Casadesus qui, en effet, a fait ses débuts avec moi, à l'orchestre, pour un concerto de Saint-Saëns.

Malheureusement, comme vous le savez, le destin a voulu autrement régler l'avenir de jean Casadesus.

Finalement, je pourrais vous raconter beaucoup de choses du chemin qui unit et sépare, mais qui unit très souvent un grand artiste comme Robert Casadesus et votre serviteur.

En tout cas, permettez moi de vous dire à l'appui de tout cela que c'était un grand artiste, un grand musicien et un grand homme. II l'était, il le restera.
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Henri DUTILLEUX (Compositeur)

SUR ROBERT CASADESUS

Si j'ai eu le bonheur de connaître Robert Casadesus, de le rencontrer à plusieurs reprises, et de l'acclamer souvent, lors de ses récitals et de ses concerts avec orchestre, je ne puis vraiment m'honorer d'avoir compté parmi ses intimes comme semblerait l'indiquer la mention "SOUVENIRS AMICAUX" figurant sous mon nom dans le programme de cet hommage.

Cependant, la présence de cet artiste prestigieux est de celle qui en jalonnant mon itinéraire, ont marqué profondément mes souvenirs, et cela dès l'époque lointaine de mes études au Conservatoire, rue de Madrid, où je suivais à l'âge de seize ans le cours d'harmonie d'un grand professeur, un merveilleux musicien, notre cher jean Gallon, Jean Gallon qui fut le maître d'Olivier Messiaen, de Maurice Duruflé, de Georges Hugon, de jean Hubeau, d'Henriette Roget, de Raymond Gallois-Montbrun, de tant d'autres encore, et je ne cite que nos amis hélas disparus, avait été également le maître de Robert Casadesus et très souvent il nous parlait de lui avec enthousiasme, nous signalant les concerts à ne pas manquer, si nous voulions vraiment entendre Mozart, Ravel comme il fallait les comprendre, Rameau, Debussy dans leur vrai style, ou encore Chopin, Schumann, Fauré, dépouillés de tout maniérisme, dépouillés de ces rubatos excessifs qui les trahissent si souvent, une vraie leçon de style qui ne s'adressait pas seulement aux pianistes, mais aux futurs compositeurs, une leçon donnée par un grand pianiste qui, lui, était déjà également compositeur.

J'évoque ces années 30, où dans les classes d'écriture, nous étions fascinés par l'œuvre de Ravel d'une manière presque exclusive, un peu trop peut-être, parfois il faut savoir brûler le père

Nous étions fascinés par Ravel, donc, et nous étions aussi très troublés par le fait de l'apercevoir quelquefois au fond d'une loge, à l'occasion d'un festival de ses œuvres, tout cela dans les années 30-35, plutôt 35, deux ans avant sa mort.

Robert Casadesus, lui, était du nombre des privilégiés qui approchaient Ravel et recevaient ses conseils, et il ne m'appartient pas ici même, en présence de Gaby Casadesus et, tout près de moi, Manuel Rosenthal, d'en dire davantage à ce propos, mais quand j'entendis pour la première fois sous les doigts de Robert Casadesus "Le Tombeau" de Couperin, ce fut pour moi une révélation, une sorte d'éblouissement.

II y a dans le jeu des virtuoses ayant fait des études poussées dans le domaine de l'écriture, harmonie, contrepoint, fugue, analyse, analyse des structures formelles, il y a quelque chose d'irremplaçable qui ne peut être confondu avec ce qui est dû à la simple intuition. C'est une manière de concevoir les proportions d'une œuvre, une façon particulière de respirer, de ponctuer, de modeler le phrasé, c'est aussi et surtout trouver la couleur sonore en relation étroite avec la trame harmonique, et tout cela dans l'émotion de l'instant.

Ces qualités, nous pouvions les observer chez des artistes tels que Yvonne Lefébure qui, elle, ne composait pas mais possédait cette science de l'écriture menant à la composition, et je n'oublie certes pas Yves Nat pour qui l'acte d'écrire de la musique était une fonction naturelle.

C'est cette même impression de nécessité absolue que nous éprouvions à la vision du film consacré à Robert Casadesus et diffusé dimanche dernier sur la Cinquième - document qui fait si bien le lien entre le tempérament du virtuose plein de dynamisme, de jeunesse, et le caractère de sa musique habitée d'une intense pulsation rythmique.

L'Amérique, chacun le sait, l'a beaucoup marqué et l'une de mes rencontres assez rares avec lui se situe justement à Washington, en décembre 1959, où il allait donner un concert avec Zino Francescatti. C'était dans la salle Constitution Hall où la chance voulut que je me trouve moi-même quelques heures plus tôt pour une répétition de ma deuxième Symphonie avec l'orchestre de Boston et Charles Münch au pupitre, œuvre dont la création avait eu lieu la veille à New York.

Grande fut ma joie de recevoir de ces deux célèbres artistes français un accueil et aussi un réconfort des plus chaleureux dans ce pays où la critique était loin d'être un unanimement favorable au jeune musicien presque inconnu que j'étais encore.

Cinq années plus tard, je me rendis à Cleveland où Georges Szell, ce grand ami de Robert Casadesus m'attendait à l'occasion des premières exécutions de ma pièce "Métaboles" qu'il m'avait commandée. A partir de là, il la dirigea souvent et en assura la création en France même avec son superbe orchestre avant de la présenter avec l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam pendant l'hiver 1965-1966.

C'est ainsi que le hasard des programmes me réunit de nouveau avec Robert Casadesus qui, dans la même semaine, jouait un concerto de Mozart sous la direction de Georges Szell, l'un comme l'autre interprétant l'œuvre de mémoire. )'assistais à l'une des répétitions et je garde l'image de ces deux grands artistes fraternellement unis dans leur interprétation, sans l'ombre d'une inquiétude, leur visage rayonnant de bonheur, parfois empreint de malice même, car ils savaient aussi s'amuser.

Je crois que cette petite histoire est bien la preuve que Robert Casadesus n'était pas seulement un grand artiste, mais aussi un vrai gentleman, comme je l'ai dit auparavant, un mot que je ne peux traduire ni en néerlandais ni en français.

Mesdames, Messieurs, je vous remercie de votre patience, et de votre attention.
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Jean ROY (Écrivain)
ROBERT CASADESUS, COMPOSITEUR

Nous vous remercions de ce témoignage qui rappelle d'ailleurs quels ont été les liens de Robert Casadesus avec les Pays-Bas où il a donné beaucoup de concerts, et puis nous savons aussi, et je le sais moi pour avoir été plusieurs fois aux Pays-Bas, que la musique française y est particulièrement célébrée, et qu'on se souvient d'elle, peut-être mieux que les Français ne se souviennent, de leur propre musique car je suis obligé de le dire, et de le rappeler, parce que c'est un vaste problème.

Alors, également, puisque nous allons clore maintenant un chapitre qui était au fond la personnalité de Robert Casadesus, le concertiste, maintenant c'est le legs de Robert Casadesus. Eh bien ce legs a été d'abord, et cela a été rappelé par Henri Dutilleux, le concours de Cleveland qui avait été créé en 1975, et je crois qu'il faut rappeler à cette occasion le rôle essentiel que pour la création de ce concours ont joué le pianiste Grant Johannesen et Madame Odette Valabrègue-Wurzburger.

Maintenant si vous voulez, nous allons parler de l'œuvre du compositeur. Je voudrais tout de même dire en deux mots quelque chose sur cette œuvre : d'abord, son abondance, il y a une œuvre de piano importante dont Guy Sacre va nous parler, mais il y a aussi une œuvre de musique de chambre non moins importante et pour laquelle Robert Casadesus a écrit non seulement pour le piano et d'autres instruments, mais aussi par exemple des Quatuors à corde et des œuvres où le piano n'intervient pas. Il a essayé on peut dire un petit peu toutes les combinaisons.

II y a tout de même sept symphonies, il y a des concertos également, un concerto pour flûte, un concerto pour violon, enfin si vous voulez, c'était un compositeur. D'ailleurs, quand on lui demandait : "Quelle est votre profession ?" il répondait tout simplement : "Compositeur". Il y tenait, puis il avait bien raison. Parce que je dois dire que ces célébrations du centenaire, ont cet intérêt que nous écoutons enfin les œuvres de Robert Casadesus que j'ai pu connaître par le disque, que j'ai eu la chance d'assister à la création française du concerto pour trois pianos et chaque fois je suis frappé, de plus en plus, de la personnalité du compositeur.

C'est un compositeur qui n'est pas néoclassique, je tiens à le dire, c'est un compositeur classique. Et d'ailleurs, il le disait lui-même, il disait : "J'ai des modèles : Fauré, Roussel, SaintSaëns, parce que leur forme est absolument classique. Néoclassique, c'est celui qui pastiche si vous voulez, c'est celui qui essaie de faire comme, mais en fait Robert Casadesus s'inscrit dans une tradition et d'une manière la plus naturelle. Mais dans cette tradition, il trouve quand même une assez grande fantaisie. En écoutant il y a quelques jours, en réécoutant la seconde sonate pour violon et piano, je me suis aperçu que ce second mouvement qui commence par des pizzicatos du violon et des trilles du piano est une invention, comment dirais-je, est une trouvaille instrumentale absolument intéressante et inédite et qu'en même temps le mouvement qui suit et dont Francescatti a parlé avec beaucoup d'émotion est un mouvement très intérieur, car n'oublions pas et là encore j'en ai eu la preuve au concert de Midi, les mouvements lents de Casadesus sont très intérieurs, très prenants et je pense aussi que c'est la pierre de touche pour un compositeur, c'est ce que Koechlin disait d'ailleurs quand il parlait de ses confrères, c'est la pierre de touche pour un compositeur, c'est quand même sur le mouvement lent qu'on va le juger.

Il y a eu déjà un livre sur l'œuvre de Robert Casadesus, c'est le livre de Sacha Stookes : "The art of Robert Casadesus" qui a été publié à Londres en 1960, donc qui n'est pas un livre complet mais qui est un livre extrêmement intéressant et dont je voudrais simplement vous lire, vous donner si vous voulez, le résumé de sa conclusion, parce que c'est exactement ce que personnellement je peux penser et en même temps c'est l'autorité d'un musicologue qui a bien travaillé cette œuvre qui nous le dit. Dans la conclusion de son étude sur le compositeur, Sacha Stookes écrit que : "la musique de Robert Casadesus a sa propre physionomie, mieux encore, ses différents moyens d'expression révèlent les différents aspects. II s'est forgé un style hautement original en alliant à la maîtrise du métier la fermeté et le sentiment poétique "poetic feeling" écrit-il et ça je tiens beaucoup à ce sentiment poétique parce que, par exemple, dans les préludes, dans la façon dont il termine souvent montre que justement on va sur une espèce d'au-delà.

Il y a une sensibilité, à la fois pudeur, mais une très grande sensibilité qui s'exprime chez Robert Casadesus, pudeur très française peut-être, de la musique française, mais une sensibilité très vive. Imagination, enrichissement du langage par l'emploi des modes anciens, recherche rythmique, emprunt au folklore mais d'une manière discrète, personnelle. Le sens de la variation aussi, le fait aussi dans ses préludes où il y a une idée chaque fois qui s'exprime, 24 préludes, 24 idées différentes, d'aller jusqu'au bout de cette idée. Et le sens de l'unité.

Je n'ai donné que les grands traits des choses parce que je voudrais tout de suite laisser la parole à Guy Sacre qui va nous parler du compositeur et notamment de ses œuvres au piano. Alors je rappelle que Guy Sacre est l'auteur d'un, de deux volumes qui s'appellent "La musique de piano", qui sont édités chez Laffont - Collection Bouquins, et dans lesquels les pianistes peuvent apprendre l'existence de beaucoup d'œuvres pas très connues, et notamment - je crois qu'en consultant le chapitre Casadesus - cela devrait donner l'idée d'inscrire les œuvres de Casadesus à leur programme.
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